Architecture Hostile : Lorsque le design vous rend indésirable

Transcript de l'épisode du même nom du podcast "Inclusif Design Quest"
SOMMAIRE
“Le design c’est pour faire joli”
Combien de fois ai-je entendu cette phrase… Non le design ce n’est pas pour faire joli… ça peut être esthétiquement beau, mais le design a d’abord un objectif fonctionnel. Et…
Aïe ça fait mal ! Alors que je flânais dans les rues de St Malo, j’ai eu envie de m'asseoir histoire de me poser, et de reposer un peu mes pieds de mon exploration urbaine. De m’asseoir oui, mais pas forcément de consommer dans un des nombreux bars ou restaurants. Alors je marche. Je marche. Mais aucun banc à l’horizon depuis au moins 10 bonnes minutes. Du coin de l’oeil je vois un rebord salvateur devant une devanture de magasin. Je m’assois donc mais dans ma hâte je n’avais pas fais attention aux pics. Ils ne sont pas énormes mais clairement très inconfortables pour mon doux postérieur ! D’ailleurs, qu’est-ce qu’ils font là, ces pics ? C’est dangereux cette histoire franchement ! Peut-être que ça vous rappelle des choses, des piques ou des installations étranges devant des banques, des halls d’immeubles ou encore des bancs avec seulement 2 lattes de bois afin que tu puisses te poser… mais pas te reposer !
Ces exemples, c’est ce qu’on appelle l’architecture hostile, le design défensif, l’architecture exclusive ou encore le design de mobilier urbain hostile. Et si on y fait attention… l’architecture hostile est partout ! Mais qu’est-ce que c’est réellement ? Et puis, pourquoi ça existe ?
Commençons par le commencement : C’est quoi l’architecture hostile ?
C’est une stratégie d’aménagement d’une ville pensée de manière à décourager certains comportements en influençant subtilement (ou pas) les personnes pouvant utiliser ces espaces et la manière dont ils doivent être utilisés. Dis comme ça, ça peut paraître un peu inoffensif, un chouille agaçant mais rien de grave… MAIS si je traduis cela d’une manière moins politiquement correcte, ça reviendrait à dire, que la personne qui conçoit, le designer·euse et la personne commanditaire du projet (que ça soit la mairie, une entreprise, une collectivité ou autre) disent : “Toi, SDF, je ne veux pas que tu dormes dans ce parc. J’ai pas envie de toi ici. Va donc autre part !” ou encore “Toi rider, j’aime pas que tu roules sur les surfaces de MA ville donc je vais faire en sorte de les rendre impraticable pour toi. Va donc t’amuser autre part” ou enfin “Eh vous les jeunes, j’ai pas envie que vous squattiez cet endroit mignon car vous faites peur aux honnêtes gens. Allez autre part”. Mais autre part… où ?
Avec des aménagements spécifiques orientés de façon à ce qu’ils soient hostiles, on met les public visés mal à l’aise afin qu’ils partent, ou on rend inconfortable leur environnement pour certaines activités qu’ils ont tendance à pratiquer (comme le skate). Mais la particularité du design hostile, c’est qu’il est délibérément conçu pour passer inaperçu ; il se cache souvent derrière des aspects banals ou un choix d’apparence esthétique du paysage urbain.
Les exemples de design hostiles sont très nombreux et il ne date pas d’hier… je vous propose donc de faire un tour dans notre passé.
Nous allons remonter le temps de quelques années… enfin quelques, plus précisément jusqu’en 1848. Depuis 2 ans déjà les récoltes sont maigres. La production de céréales et de pommes de terre, à la base même de l'alimentation, chute. Les prix flambent et les gens meurent de faim.
Face à la crise, les citoyen·nes paniquent et retirent leur argent en masse de l'épargne populaire, les faillites se multiplient et le cours de la Bourse dégringole. Pour s’adapter à la sous-production agricole, beaucoup d’employeurs renvoient les ouvriers. En 1848, près des deux tiers des ouvriers sont au chômage et la grogne se fait entendre dans la population ouvrière.
Au sein de la bourgeoisie, la colère gronde aussi car celle-ci s’oppose et condamne la politique alors menée sous le roi Louis-Philippe. Les personnes de la bourgeoisie se réunissent régulièrement lors de banquets, des réunions publiques permettant d'exprimer des opinions politiques, dans une époque où la liberté de réunion et d'expression est fortement restreinte. Le gouvernement, inquiet de la montée des oppositions, décide d'interdire ces fameux banquets, dont celui prévu le 22 février 1848 (c’est toujours une bonne idée d’interdire les gens de se rassembler hum…).
Et pour cause… Cet événement dans ce contexte politique, agricole et économique délétère met le feu aux poudres. Dans la nuit du 22 au 23 février, des centaines d’étudiant·es, d’ouvrier·es, de manifestant·es dressent plus de 1500 barricades dans les rues étroites de Paris à partir de meubles de récupération, de pavés, de bois et de détritus pour bloquer la voie, rendant difficile la progression des forces de l’ordre dans la rue.

La situation ne s'améliore guère durant les mois qui suivent et en juin 1848 éclate une révolte populaire qui sera réprimée dans le sang par la République. Au total : entre 3000 et 5000 insurgés tués, 1500 fusillés sans jugement, 25 000 arrestations et 11 000 condamnations à la prison ou à la déportation en Algérie.
Alors vous vous demandez sûrement : “C’est intéressant ce que tu nous racontes Tiphaine mais je suis pas venue écouter un cours d’histoire ! C’est quoi le lien avec l’architecture hostile ?”
Justement, nous y arrivons !
C’est dans ce contexte post-révolte et de peur d’une nouvelle révolte, que quelques années plus tard, en 1852, sous le second empire dirigé par Napoléon III, celui-ci fait appel au baron Haussmann pour moderniser Paris. Son nom vous dit peut-être quelque chose. On lui doit ainsi une partie du Paris centre qu’on connaît aujourd’hui : ses immenses percées et boulevards, son architecture régulière, ses parcs et ses grandes places. Une capitale aérée et assainie, bien loin des innombrables petites rues malodorantes, à la propreté douteuse et aux formes alambiquées d’antan. Le Paris d’Haussmann est sublime il faut l’avouer. Mais derrière l’esthétisme de cette architecture, se trouve “l’embellissement stratégique” comme le nommeront ses contemporains.

Car les choix d’architecture de Georges-Eugène Haussmann, aussi surnommé “Le démolisseur”, ne sont pas là pour faire “juste beau”. Ils sont là pour fluidifier les flux commerciaux en priorité mais aussi avec comme objectif un impact politique. Les avenues très larges consistaient à éviter la construction de barricades et donnaient aussi la possibilité, par leur longues lignes droites, de contrôler les mouvements insurrectionnels, à partir des places où l’on construisit des casernes. Une protestation ? Pas de soucis, il y a une caserne au bout pour la contrôler et la mater ! Ainsi les avenues sont conçues pour réprimer les émeutes : l’armée doit pouvoir se déplacer rapidement et tirer de loin sur les manifestant·es.

L’architecture d’Haussmann a donc été en partie pensée pour contrôler le peuple et son comportement. Ça ne vous rappelle rien ? (Oui je parle bien d’architecture hostile). Cette idée de modeler le comportement humain en façonnant l'environnement (et de façon aussi importante) est donc originellement française… cocorico.
Avançons un peu dans les années, je vous propose maintenant de quitter la France pour partir de l’autre côté de l’Atlantique : aux Etats-Unis.
J’aimerais vous raconter l’histoire d’une autre personne qui a construit de superbes promenades, des aires de jeux fantastiques, des parcs relaxants comme Central Park, des piscines gargantuesque et surnommé le bâtisseur de New York. J’ai nommé : Robert Moses.

Robert Moses au début ne se destinait pas à une carrière d'architecte mais plutôt de politique. Suite à sa défaite cuisante à l’élection du gouverneur de l’Etat de New York en 1934, il décida d’acquérir du pouvoir en dehors d’un environnement électoral démocratique, où le vote des électeur·rices ne pourraient pas empêcher son ascension. Il savait que s’il voulait réaliser sa vision du futur New York, il devait devenir un “Power broker”, c’est à dire une personne d'influence qui contrôlerait les politiques par divers moyens plus ou moins légaux. Et il va drôlement bien y arriver le bougre : Il a ainsi été (en même temps je précise) coordinateur des constructions de la ville, commissaires des parcs municipaux et commissaire de la planification urbaine. Avec ces 3 rôles (il faut savoir qu’il a réussi à en cumuler 12 en simultané, un beau cumul des mandats !), il avait le pouvoir de construire ce qu’il souhaitait sans avoir besoin du soutien de politicien·nes et d’électeur·rices. Ces rôles lui ont notamment permis de participer à l’élaboration du fameux plan en damier de New York, ainsi que de construire Jones Beach, Shea Stadium, Lincoln center, le siège des Nations Unies, 7 ponts reliant aux différents quartiers de la ville, de nombreux logements sociaux…
Robert Moses pensait qu’il était important de privilégier les grands espaces et les voitures, tout comme notre cher Haussmann un siècle plus tôt, plutôt que les quartiers animés, populaires et les transports en commun.
Ça a l’air d’être un chouette type non ? Je vous laisse vous faire votre avis…
Robert Caro, auteur de la biographie de Moses nommé “The Power Broker” dira de lui qu’il est :
“L’être humain le plus raciste que j'ai rencontré”.
Et comme on ne peut pas séparer l’homme du designer, les idées racistes et aporophobe (c’est à dire l’attitude d'hostilité, à l'égard des personnes qui vivent la pauvreté ou la précarité) de Moses se répercuteront évidemment dans son architecture et ses choix de designs. Car pour réaliser son rêve de remodeler la ville selon ses idéaux, Moses a détruit une bonne partie de New York et déplacé des populations entières, pauvres et non blanches, faisant en sorte que ses projets profitent aux personnes blanches et aisées dont voici un exemple :
Dans les années 1930, sur la route “southern state parkway”, Moses ordonna de construire des ponts intentionnellement bas afin d’éviter que les bus ne passent. Pourquoi vous demandez-vous ? Car les bus transportent un grand nombre de personnes, et surtout de personnes pauvres et souvent non-blanches (bah oui, sinon elles auraient leur propre voiture…). Et Moses ne voulait pas d’elles dans l’un de ses projets préférés : Jones Beach. Il est intéressant de noter que les bus étaient déjà bannis de ces routes par la loi, autorisant seulement les voitures individuelles… mais Moses savait que la loi pourrait toujours être modifiée, alors que la pierre et le design d’environnement, ça seraient plus compliqués. Et l’avenir lui donna raison puisque malgré l’évolution des lois, les constructions de Moses, elles, sont toujours là.

C’est d’ailleurs un des points que mentionne la Dr Sarah Schindler dans son article de recherche “Exclusion architecturale : discrimination et ségrégation par l'aménagement physique de l'environnement bâti” de 2015 : les choix architecturaux sont durables et difficiles à modifier. Pourquoi ? Car ils coûteraient des millions.
Evidemment l’histoire ne s’arrête pas là. Au début des années 1970, la peur, l’insécurité grandissante donne un regain d'intérêt pour les possibilités offertes par la modification de l'architecture afin de prévenir la délinquance et la criminalité. Des ouvrages tels que « Crime Prevention Through Environmental Design » de C. Ray Jeffery et celui d'Oscar Newman intitulé « Defensible Space » vont influencer les réflexions autour du sujet et donner naissance à une nouvelle forme d’architecture nommée...
le CPTED : Crime Prevention through Environmental Design => Prévention de la criminalité par le design environnemental.
L'objectif était de contrôler les espaces publics, et donc en réalité le public lui-même, par le biais de ce qui était parfois appelé l'« espace défendable » en identifiant les conditions de l'environnement physique et social qui favorisent ou déclenchent des actes criminels… et modifier ces fameuses conditions afin d'empêcher la commission de crimes.

Pour mieux comprendre, imaginez que vous êtes au travail. Vous travaillez dans des bureaux situés dans un immeuble de 6 étages. En face, de l’autre côté de la rue, il y a une petite place fort sympa sur laquelle vous trouvez un foodtruck avec des spécialités indiennes qui vous permet d’aller vous chercher un repas rapide le midi. Ce foodtruck n’est pas là par hasard. Selon le premier principe du CPTED, cela fait partie du contrôle territorial, où en plaçant des activités dites “sans risque”, cela permet d’occuper passivement un territoire.
Il est 12h36. Vous avez faim et l’option des spécialités indiennes est très tentante ! Vous descendez donc pour rejoindre le foodtruck. En attendant votre commande, vous jetez un œil à vos bureaux de l’autre côté de la rue. L’immeuble blanc au poutres noires semble neuf, immaculé malgré ses 20 ans d’âge, et contraste fortement avec un autre bâtiment délabré au coin de la rue. Ce n’est pas un hasard et c’est le 2nd principe du CPTED : l’image. La maintenance et l’état d’un espace montre le soin qu’on y apporte ou la négligence, en enlevant par exemple les déchets ou les graffitis (ce qui amène parfois à des battles visuelles entre les graffeur·euses et les nettoyeur·euses).
Votre Dhal bat (un plat indien avec des épinards et du riz) en main, vous vous dirigez vers vos bureaux. Juste devant l’entrée et le long des murs se trouvent de magnifiques roses. Aussi magnifiques que malfaisantes d’ailleurs ! Il n’y a pas un·e seul·e de vos collègue qui ne s’y est pas piqués. Et ce n’est pas un hasard, c’est pour le contrôle des accès, notre 3ème principe du CPTED qui a pour objectif d’utiliser des stratégies architecturales pour limiter les accès non désirés (que ce soit par la porte ou les fenêtres).
Après avoir passé les roses magnifiquement démoniaques, vous remontez dans vos bureaux, au 3ème étage. Vous vous asseyez. De votre fenêtre vous avez une vue dégagée sur la place pour une simple et bonne raison : le 4ème principe du CPTED, la surveillance. L’objectif est de permettre aux occupant·es d’un bâtiment d'observer au mieux et en toute décontraction, les espaces semi-publics et donc… de les surveiller afin de diminuer les crimes possibles et la peur lié à ceux-ci.
Ces 4 principes (le contrôle territorial, l’image, le contrôle d’accès et la surveillance) sont des principes traditionnels mais sont complétés par une seconde génération de principes tels que la cohésion sociale (le fait d’avoir des “voisins vigilants” par exemple), la capacité d'accueil (ne pas avoir uniquement des commerces ou des habitats mais mélanger les types d’espace, la connectivité et la culture communautaire entre les usager·es des lieux).
Mais il y a un problème avec le CPTED et plus globalement avec le design hostile, c’est que....
Le design mis en place ne fait pas la différence entre une personne âgée, un voleur, une skateboardeuse, un enfant. Il peut toucher de nombreuses personnes et opère selon 6 différents mécanismes (théorisés par Robert Rosenberg) :
En premier, et le plus important est la « contrainte physique ».
La plupart des exemples de Design hostile fonctionnent de la même manière : Ils « font obstacle » à une manière particulière dont le dispositif ou l'espace pourrait être utilisé. Les usager·es peuvent interagir physiquement avec un objet de multiples façons, c’est d’ailleurs le principe même de la différence humaine. Et les espaces se prêtent à de multiples usages. Mais par la contrainte physique, on va forcer un comportement d’usage précis et empêcher les autres. Le meilleur exemple : les bancs. Vous avez sûrement vu des bancs avec des accoudoirs en plein milieu, des bancs avec peu de profondeur ou divisés en plusieurs petites parties ou penchés. Comme le dit Selena Savic, co-autrice de “Unpleasant Design” :
« Un exemple classique est le banc muni d’accoudoirs centraux, qui permettent bien sûr de poser son bras dessus, mais qui, en même temps, limitent toute autre utilisation que celle consistant à s’asseoir bien droit. La seule façon d’utiliser ce banc est que trois personnes s’assoient côte à côte, sans se regarder — ce qui n’est pas la seule chose que l’on puisse faire sur un banc. Et surtout, ce n’est pas la seule chose normale et légale que l’on puisse faire sur un banc. »
Car évidemment, cela a pour but d’empêcher un comportement cible : dormir. Mais cela empêche aussi de jouer aux cartes, de s’asseoir en tailleur par exemple, d’être confortablement installé.
Paris - Piques sur le rebord de la vitrine d'une boutique Paris - Plans inclinés ajouté sur le rebord large d'un quai de métro empêchant de s'allonger Quimper - Banc composé de 2 courtes pierres en granite Nantes - blocs de béton dont la surface supérieure est composé de bosses Dunkerque - Banc avec 2 accoudoirs Paris - Bloc de bétons anti-pipi dans le recoin d'une rue Nantes - Vingtaine de boule de béton devant le recoin d'une boutique Paris - pierres coulées dans du béton couvrant le rebord d'un bâtiment Paris - Piques pour empêcher l'accès d'un recoin Saint-Ouen - Banc avec un accoudoir central Rennes - Bancs ondulés composés de tubes de fer Paris 18ème arrondissement - Barrière empêchant l'accès aux bancs et espaces verts
D’ailleurs l’excuse d’inclusivité est parfois utilisée de façon ironique pour être excluant comme dans le cadre des bancs avec des accoudoirs au milieu où un des arguments est d’aider les personnes à “mobilité réduite” à se lever. Mais pourquoi ces accoudoirs ne sont-ils pas sur le côté ?
En parlant de banc, il y a un exemple mondialement connu que j’aimerais partager avec vous : le banc de Camden, ou Camden Bench. Ce banc a été spécialement conçu à la demande du Conseil municipal de Camden en Angleterre. Ce banc en béton moulé a été créé pour résister à presque toutes les utilisations « indésirables ». Sa surface est inclinée et irrégulière pour empêcher qu’on s’y allonge ou même s’assoit confortablement, il ne présente aucune fente où on pourrait, au hasard, cacher de la drogue et est recouvert d’un matériau anti-peinture destiné à dissuader les graffeur·euses. L’absence de bords plats empêche la pratique du skateboard, ce qui en fait l’outil polyvalent par excellence pour le contrôle social, déguisé en mobilier urbain minimaliste.

Ce banc a été créé par Factory Furniture. Je vous invite à aller faire un tour sur leur site qui regorge d’exemples de bancs non plats, séparés par des accoudoirs, avec des bosses pour empêcher les skater·euses de rider. C’est d’ailleurs en faisant un tour sur leur site, que j’ai pris conscience que les poubelles n’étaient pas non plus épargnées ! Vous avez peut-être remarqué une sorte de capot parapluie à 20 ou 30cm au-dessus de certaines poubelles. A votre avis, à quoi sert-il ?

Cela rend difficile, voire impossible, d’y plonger la main…et donc cela peut dissuader ou empêcher les personnes qui souhaiteraient utiliser la poubelle comme source de restes alimentaires ou de matériaux recyclables. C’est pour cela qu’on les surnomme les “poubelles anti-fouilles”.

Les pics anti-sans-abri, les assises inconfortables, les verrous pour bouches d'incendie et les surfaces anti-graffitis fonctionnent tous selon un mécanisme de contrainte physique.
Il en va de même pour la pratique consistant à clôturer ou mettre en cage des zones telles que les passages souterrains, les bennes à ordures et les alcôves. Setha Low, professeure de psychologie environnementale et directrice du Groupe de recherche sur l'espace public à l'Université de la Ville de New York (CUNY) décrit le phénomène des « communautés fermées » avec une tendance à s’entourer de murs, de clôtures ou de talus recouverts de buissons et d’arbustes, avec une entrée sécurisée.
Le second mécanisme est l’« interférence sensorielle »
qui touche la perception sensorielle des usager·es. Les cas de design hostiles basés sur les interférences sensorielles génèrent des stimuli sensoriels gênants, désagréables, voire insupportables, ou rendent difficile la perception du monde d’une manière particulière.
Un des exemples est le “Mosquito”, ou “l’alarme moustique”. Il s’agit d’un petit haut-parleur qui émet un son aigu et irritant que seuls les jeunes peuvent entendre. L’idée est que ces stimuli auditifs gênants chassent les jeunes pour éviter qu’ils traînent devant les vitrines des magasins ou sur des parkings. La société Moving Sound Technologies, le distributeur du « Mosquito » aux États-Unis décrit son dispositif comme n'agissant pas en émettant un bruit fort ou en provoquant une douleur, mais en devenant tellement agaçant que les personnes qui traînent dans les parages finissent par s'éloigner et avec une fréquence affectant seulement les personnes ayant jusqu’à 25 ans.

Au-delà du son, l’interférence sensoriel peut aussi comprendre la musique, avec une musique diffusée à plein volume, de la musique classique, de la musiques répétitives ou des bruits industriels. Cela peut avoir pour effet de faire fuir tout le monde sans distinction. Cependant, ce sont les personnes sans-abri qui sont généralement visés par cette forme d’altération hostile du paysage sonore.
En plus de l’ouïe, les interférences sensorielles peuvent comprendre aussi la lumière. Par exemple la lumière bleue dans certaines toilettes de bars pour dissuader les personnes de se droguer ou certaines formes d’éclairage qui peuvent être considérées comme insuffisamment « masculines » par un groupe de garçons soucieux de paraître « durs ». En tout cas c’était l’idée derrière l’installation d’ampoules roses dans un passage souterrain à Mansfield, en Angleterre.
Le 3ème mécanisme est la « dissimulation »,
c’est à dire lorsqu'un équipement attendu est disponible dans un espace public mais qu'il est, d'une manière ou d'une autre, dissimulé à la vue. Cela rend l’utilisation de l’équipement uniquement accessible aux personnes qui connaissent son existence. Ces équipements peuvent être introuvables ou camouflés par d’autres objets ou des changements de niveaux. Prenons un exemple : vous êtes dans un quartier où vous n’avez jamais été et vous avez une envie TRÈS pressante. A vu d'œil, vous ne voyez pas de toilettes malgré les nombreuses rues, jambes serrées, que vous avez parcouru. Vous allez donc sur votre service en ligne de cartographie préféré… rien ! Aucun panneau aux alentours. Pourtant, si vous aviez été du quartier ou responsable municipal, vous auriez su qu'à 20m de l’endroit où vous vous trouviez, dans un recoin, en descendant les quelques marches de l’escalier de l’ancien forum, se trouvaient des toilettes !
Cela peut être particulièrement préoccupant dans le cas des « espaces publics à propriété privée » (surnommés aussi POPS pour “privately owned public spaces’). Les POPS, se sont des espaces publics détenus et entretenus par une entité privée en échange d'avantages en matière d'urbanisme ou d'autres avantages pour le promoteur immobilier.

Vous en avez sûrement déjà vu, ce sont des passages couverts, des toits-terrasses, des atriums ou des places.
Par exemple : en 2025, le bailleur du quartier marseillais de Chutes-Lavie a fermé les portillons qui relient la cité à l’extérieur. La conséquence : les habitant·es / usager·es / ne pouvaient passer que par un seul et unique accès, transformant ainsi des trajets de 5min à pied, en longs détours de plusieurs dizaines de minutes, voire imposant de prendre la voiture… Pourtant la résidence accueille des services publics comme une crèche, un centre aéré et un parc municipal qui a d’ailleurs été rénové grâce à 90 000 euros d’argent public.

NDLR : depuis l'écriture et la diffusion de l'épisode, le portail a été déssoudé début septembre 2026 au bout d'un an de combat de la part des habitant·es et riverain·es.
Le nombre de POPS ne cesse de grandir, notamment aux Etats-Unis. On peut voir de nombreuses personnes, notamment “780 Lord of Bench” sur Instagram qui sensibilise en se rendant sur ces places, normalement accessible 24h/24h, mais où une personne de la sécurité tente de faire fuir les personnes qui s’assoit ou profite de ces endroits, et qu’on peut lier à nos 4ème mécanisme.
Le 4ème mécanisme est la « complicité »,
c’est à dire que certains designs fonctionnent en collaboration directe avec les autorités humaines. Si une personne à un comportement qui peut être catégorisé d’hostile (exemple : traîner dans la rue), les objets qui aident à faire cette catégorisation peuvent être considérés comme des exemples de design hostile. Je vais prendre un exemple concret. Chaque été, la ville de Clamart organise Clamart Plage. Un événement entièrement gratuit pour les clamartois·es. Mais à l’entrée, il y a plusieurs vigiles qui vous fouillent et ensuite il vous est demandé de montrer une attestation de résidence. Et si vous voulez accéder à un transat, il vous faut donner votre pièce d’identité en échange. Si vous n’avez jamais eu de soucis de logement, de renouvellement de permis de séjour ou de carte d’identité, peut-être que ce système ne va pas vous choquer. Mais ce design d’expérience peut dissuader certaines catégories de personnes d'y entrer et d’accéder à des services, avec la complicité d'autorité humaine.
Autre exemple : Les caméras cachées. Les caméras installées dans les espaces publics sont potentiellement hostiles de deux manières distinctes : Tout d’abord, elles permettent aux autorités de surveiller un espace plus efficacement et, par conséquent, de faire respecter des règles potentiellement hostiles. Ainsi, si une ville n’aiment pas les riders, rouler en skate pourrait être considéré comme un délit s’il y a un arrêté municipal. C’est cette première forme d’hostilité potentielle qui opère selon un mécanisme de complicité.
La deuxième manière qui peut rendre les caméras hostiles est que leur présence visible incite les gens à respecter les règles par crainte d’attirer l’attention des autorités et qui nous mène à notre 5ème mécanisme…
Le 5ème mécanisme est l’« auto-contrainte ».
Celui-ci ne consiste pas à imposer un comportement particulier ou appliquer des restrictions, mais plutôt à exercer une pression sur une population cible pour qu'elle modère activement son comportement, et cela peut par exemple prendre la forme d’une signalétique. Bien sûr, l'une des principales fonctions de la signalétique dans l'espace public consiste simplement à fournir des informations. Un panneau indiquant le règlement d'un parc est un support qui sert à informer le public de ce qui est autorisé et de ce qui ne l'est pas, les horaires d'ouverture, l'autorisation ou non d'y amener des chiens, etc. Cependant, un panneau peut être porteur d’une règle s'inscrivant dans un programme hostile (c'est-à-dire un ensemble de desseins, de lois et de politiques hostiles, de pratiques policières, de coutumes sociales et d'autres éléments qui, pris dans leur ensemble, visent une population particulière).
Si je vous dis “Souriez vous êtes filmés”, “gens du voyage interdits” ce ne sont pas simplement des dispositifs qui signalent l'existence d'une règle. C'est un objet physique présent dans l'espace public qui a des effets néfastes sur une population ciblée, effets que les personnes visées sont incitées à s'imposer à elles-mêmes. Un autre exemple récent est la signalétique des espaces “No Kid” et je pense notamment à ce qui s’est passé le 8 janvier 2026 où cette signalétique a dépassé le mécanisme d’auto-contrainte avec un énorme retour de bâton. Ce jour-là, la SNCF lance une nouvelle classe affaires, à bord des TGV nommée “Optimum”, avec cette promesse : “Pour garantir un maximum de confort à bord de l’espace dédié, les enfants ne sont pas acceptés”. Une partie de la population s’est insurgée, les réseaux se sont enflammés, les politique s’en sont emparés et les médias ont relayés. Car derrière l’interdiction des enfants, il y a aussi l’interdiction des parents et souvent en grande partie des mères. Comme dans tout design hostile, l’hostilité touche un grand nombre de personnes, bien plus grand que ce qu’on pourrait imaginer, surtout quand on exclut sans proposer d’alternative comme c’est le cas des trains suisse ou finlandais qui ont des espaces “kids friendly”. Ce manque, c’est d’ailleurs ce qu’on peut voir dans le 6ème mécanisme…
Le 6ème mécanisme est l’« absence ».
On va revenir à notre objet phare de cet épisode : les bancs. L’absence de bancs à certains endroits est une décision de design qui peut avoir été faite pour éviter d’avoir des personnes sans-abri qui dorment dessus ou des groupes de jeunes qui se réunissent mais va aussi impacter les personnes avec des maladies chronique, jeunes ou vieux, ne pouvant marcher longtemps, les personnes qui auraient voulu se poser pour observer l’environnement ou déguster leur quatre heures, les personnes qui veulent refaire leurs lacets, les sportif·ves qui veulent s’étirer, les parents qui veulent changer leur enfants, les personnes qui ont eu une longue journée de travail et veulent décompresser, les personnes qui veulent lire un livre, les enfants qui veulent colorier et j’en passe… la liste pourrait être trèèèèèèèèèèès longue.

L’absence est souvent utilisée comme une solution. Vous n’avez pas envie que les piétons passent dans votre rue, il suffit d’enlever les trottoirs. Pour dissuader les personnes de flâner dans une ville où les températures sont élevées, il suffit de ne pas mettre d’arbre ni d’objet créant de l’ombre. Ces infrastructures manquantes peuvent constituer des éléments déterminants dans le cadre de stratégies plus larges visant à nuire aux personnes pauvres et sans domicile fixe, avec par exemple l’absence de toilettes publiques. Laissant uniquement comme options disponibles celles proposées par des établissements privés (bar, restaurants, centre commerciaux, etc…), accessibles uniquement aux clients de ceux-ci.

Après avoir vu la naissance de l’architecture hostile, différents exemples et mécanismes, il reste une question essentielle :
Pourquoi l’architecture hostile, ces bancs inconfortables, ces bruits parasites, ces lumières douloureuses existent et que les aménagements pouvant répondre à des attentes de bien–être voire de besoins primaires n’existent pas ?
L’un des principaux avantages de toutes ces installations peu esthétiques destinées à dissuader les comportements indésirables est que, contrairement aux interactions avec les agents de sécurité ou les policiers, on ne peut pas négocier avec eux.
Si vous dites :
“Mon cher banc, tu es super inconfortable.”
Je doute que vous ayez une réponse… Leur caractère permanent est définitif et sans compromis ; ils sont intégrés à l’environnement bâti d’une manière qui rend difficile toute contestation ou tout retour en arrière, tout comme on a pu le voir avec Robert Moses, le masterbuilder de New York.
Si de nombreux éléments d’aménagement hostile visent en particulier les personnes sans-abri, ceux-ci ne sont pas les seuls à en subir les conséquences. Un banc inconfortable l’est pour tout le monde, pas seulement pour quelqu’un qui tente d’y dormir. Si des jardinières en acier ou des rochers occupent la moitié du trottoir, vous aurez moins de place pour marcher seul·e, à plusieurs ou avec une poussette.
Deuxième point, les espaces publics sont conçus pour avoir une fonction. Selon le principe de l’architecture hostile, tout ce qui n’a pas une fonction n’a pas lieu d’être, (le bien être n’étant pas un principe du design hostile) ce qui donne une ville volontairement inhospitalière.
C’est d’ailleurs pour cela qu’en 1850 à Paris, Haussmann pour qui selon lui la ville est un lieu où on circule et où la stagnation est mauvaise, il a fallu encadrer les moments de stagnation, ce qui a donné l'émergence des bancs. On stagne, mais pas trop.
En France, dans les villes, il y a 1 place assise pour 86 habitant·es CONTRE 1 place pour 8 habitant·es en terrasse. Se poser, ça a un coût. Alors qu’en est-il alors de l’art de flâner, de se poser, bref d’habiter réellement sa ville et pas seulement d’y dormir ou d’y consommer ?
Le développement de l'architecture hostile est souvent considéré comme une manifestation publique de la volonté d'exclure certains groupes de personnes indésirables. Mais derrière cette exclusion de comportement et plus réellement de personnes, se cache aussi un échec politique à proposer des alternatives et des solutions adéquates qui fait vraiment penser à “Cachez cette misère que je ne saurais voir”. Car derrière cette question d’exclusion, il y a bien une volonté d’invisibilisation.
En août 2025, lors d’un décompte mené par la Fédération des acteurs de la solidarité et l’Unicef, les bénévoles ont recensé 2159 enfants à la rue, soit 30% de plus qu’en 2022.
Au-delà des enfants à la rue, plus d’un million de personnes ne disposent pas
de logement personnel. Parmi elles, 350 000 personnes n’ont pas de domicile
et sont hébergées de façon précaire et temporaire en centre d’hébergement ou à l’hôtel. En 2012, l’INSEE (Institut National de la Statistique et des Etudes Economique) estimait que plus de 12 000 personnes étaient sans abri, un chiffre qui a explosé depuis pour s’élever à environ 40 000, selon les dernières estimations de la Cour des comptes en 2019 (il n’y en a pas eu depuis…).
Et si les personnes sans domicile fixe ou sans abri avaient un logement ? Si les rider·euses avaient des skatepark ? Si les jeunes avaient des lieux pour se réunir ? S’il y avait des toilettes publiques fonctionnelles ? Et si on ne pensait pas l’autre comme indésirable, comme une potentiel menace ? Car l’architecture hostile fait passer un message : il faut avoir peur.
Selon Cara CHELLEW, Doctorante en urbanisme, politiques urbaines et design urbain, l'« architecture hostile » a véritablement pris de l'ampleur au cours des quinze dernières années environ, depuis que l'on accorde une attention accrue à l'espace public dans l'aménagement urbain. Nous créons des espaces publics, mais au sein même de ces espaces, l'intention est de maintenir l'ordre et de veiller à leur bon entretien, afin de réduire les coûts liés au maintien de l'ordre ou de limiter l'entretien et le vandalisme. Mais à quel prix (humain) ?
Setha Low, dit lors d’une table ronde nommée “l’Architecture hostile VS le design démocratique pour l'avenir” en mai 2026 : “Avec l’architecture hostile, vous faites passer le message de manière symbolique, que ce n’est pas un endroit où vous avez votre place, ni celle de quiconque, et que vous craignez que les mauvaises personnes s’y trouvent. Ainsi, vous ne cessez d’inscrire à nouveau la peur et l’insécurité dans notre paysage, alors que ce n’est pas ce que nous voulons. Nous voulons que ces enfants soient assis sur ce banc. »
Une réflexion sur laquelle je vous laisse méditer.
En réponse à l’architecture hostile, on voit fleurir de plus en plus des exemples de “Sympathetic Architecture”, c’est à dire l’architecture bienveillante.
L'architecture bienveillante c’est une approche de conception fondée sur l'empathie. qui privilégie le confort humain, l'accessibilité et le respect de l'environnement au détriment du spectaculaire visuel. Cela peut-être un rampe pour permettre à des canards d’accéder à un lac, un bac qui se transforme en abri, des rampes qui permettent d'accéder à la mer avec son fauteuil, une main-courante en braille en haut d’un chateau qui décrit une vue…bref autant d’exemples de design inclusif qui permettent de rendre nos environnements plus agréable pour tout le monde.
Et voilà, nous arrivons à la fin de notre épisode “Architecture Hostile : lorsque le design vous rend indésirable !”
Nous avons exploré sa définition, en tant que stratégie d’aménagement d’une ville pensée de manière à décourager certains comportements et populations en influençant les personnes pouvant utiliser les espaces et la manière de les utiliser. Nous avons vu le travail précurseur du baron Haussmann sur Paris, mais aussi celui de Robert Moses dans la ville de New York, le CPTED (la prévention du crime par le design environnemental), les 6 différents mécanismes : la contrainte physique, l’interface sensorielle, la dissimulation, la complicité, l’auto-contrainte et l’absence, et les raisons de l’architecture hostile.
J’espère que vous avez appréciez cette étape de notre quête et si vous souhaitez aller plus loin, vous trouverez toutes les ressources en description. Merci d’avoir écouté cet épisode d’Inclusive Design Quest et on se retrouve prochainement pour une nouvelle aventure !
RÉFÉRENCES
"Haussmann et le contrôle social" - Lundi Matin (2019)
"Haussmann ou les barricades" - Steffen Haug (2017)
"Robert Moses : Racism by design" - African American History Is AMERICAN History (2021)
"Robert Moses: The Power Broker Who Built New York" - Harrison T. Brown (2024)
"Comment les villes chassent les SDF ?" - AVRE de Explore Media (2024)
Cérémonie des Pics d’or : des dispositifs anti-SDF "de plus en plus agressifs" - Pierre de Baudouin (2024)
"Le repos du Fakir" - Gille Paté (2003)
"Quand la ville invite à s’assoir" (M.JOLE, 2008) et "droit au sommeil"
"How Hostile Architecture Shapes Our Cities" - Anastasia Loukaitou-Sideris (2025)
"Every hostile architecture style explained in 9 minutes" - Sahari (2025)
Anti-homeless spikes: ‘Sleeping rough opened my eyes to the city’s barbed cruelty’ - Alex ANDREOU (2015)
"Unpleasant Design" - Gordan Savicic & Selena Savic (2016)
"Hostile Architecture: The fight against the homeless" - iilluminaughtii (2022) https://www.youtube.com/watch?v=bITz9yQPjy8
"Unpleasant Design & Hostile Urban Architecture" - Roman Mars (2016)
"Voici ce que la carte des bancs publics nous révèle" - Jules GRANDIN (2026)
"Atlas du mobilier urbain parisien" - APUR (2022)
“Architectural Exclusion: Discrimination and Segregation Through Physical Design of the Built Environment” - Sarah Schindler (2015)
“Typologization of exclusionary design: An exploration of design interventions excluding unhoused people from urban public space” - Carsten Hvid Nielsen (2024)
"Hostile Architecture Makes Scorching Summers Hell for Homeless People" - Cynthia Griffith (2025)
"The Racist Roots of Anti-Homeless Architecture" - Cynthia Griffith (2025)
"Hostile Architecture by Law? The Hidden Reason Cities Feel Dead" - Stripping Architecture (2026)
"A Classification Scheme for Hostile Design" - Robert Rosenberg
Nombreux exemples photos d’architecture hostile - Dismal Garden
The arsenal of Exclusion & Inclusion - Tobias Armborst, Daniel D’Oca, Georgeen Theodore (2017)
"Hostile Architecture vs. Democratic Design for the Future" - CUNY Graduate Center (2026)
Marseille : « C’est un peu notre mur de Berlin »… Un quartier s’emmure et divise les habitants - Alexandre VELLA (2025)
Le Mosquito
Understanding Hostile Architecture: The Cause and Effect of Restricting Public Space - The Neighborhood Design Center (2023)
Rapport sur le mal-logement 2026 - Fondation pour le Logement (2026)



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